Pour beaucoup d'écrivains, la musique est un horizon. Racine, Verlaine, Apollinaire, Céline, Michon entendent si distinctement leur phrase que le lecteur sait à son tour y deviner, au delà du sens explicite, ces « véritables idées, d'un autre monde, d'un autre ordre, idées voilées de ténèbres, inconnues, impénétrables à l'intelligence » dont parle Proust à propos de la musique. Mais les musiciens, qui travaillent un matériau impitoyablement soumis au temps, mort sitôt que né et pour cela marqué du sceau de l'éphémère et de la nostalgie, n'envient‑ils jamais à l'écrit cette forme de permanence qui est à la fois sa limite et sa force ?
Grâce à « Lettres en scène », écrivains et musiciens vont pouvoir nouer l'impossible dialogue, les notes de ceux‑ci répondant aux mots de ceux‑là, les idées des auteurs écoutant l'écho qu'elles éveillent chez les instrumentistes. Dialogue souvent rêvé, rarement réalisé, riche d'harmoniques inédites : après des mots balancés et pesés, l'audace de l'improvisation, après la voix des écrivains et comédiens, le timbre d'un saxophone ou d'un piano, suggéreront une infinité de correspondances sensibles et continûment réinventées.
Jean-Louis Bailly, écrivan
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